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DESLABLe Laboratoire de recherche en sciences humaines du lycée Descartes de Rabat
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Publications

La domination masculine : un universalisme du vivant humain ?

On mai 21, 2026 by labo recherche Standard

par Irène Ackermann                                                                                                                                                                                                                                                                                                           

Depuis plus d’un siècle et demi, les ethnologues s’efforcent de documenter systématiquement les comportements humains selon le sexe (1). Le constat est frappant : toutes les sociétés observées sont genrées, prescrivant des rôles, des tâches et même des rites spécifiques aux hommes et aux femmes. Certaines accordent aux femmes des pouvoirs économiques ou symboliques, comme chez les Iroquoises, qui peuvent divorcer librement et gérer collectivement maisons et récoltes. Pourtant, aucune société matriarcale stricte, où les femmes domineraient les hommes, n’a jamais été identifiée. Et partout, sans exception, les hommes détiennent le monopole des armes, de la guerre et, par extension, du pouvoir politique.

La domination désigne l’action ou le fait de dominer, d’exercer une puissance souveraine ou une influence prépondérante (2). La domination masculine est donc une notion sociale et culturelle à travers laquelle les hommes occupent majoritairement les positions de pouvoir politique, économique et symbolique. Comme le formule Jacques André, psychanalyste, « on ne connaît pas de société, passée ou présente, où le signe du pouvoir ne soit pas dévolu aux hommes » (3). Les hommes dirigent les institutions politiques, contrôlent une grande partie des ressources économiques et occupent les positions d’autorité dans les sphères religieuses ou militaires. C’est ce caractère récurrent qui a conduit de nombreux chercheurs en anthropologie et en sociologie à s’interroger sur les fondements de cette hiérarchie entre les sexes.

Il semble important aussi de poser clairement la distinction entre naturel et universel : universel (ou quasi universel) est un constat descriptif (selon la définition du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales,  “relatif, propre à tous les hommes, à l’ensemble des sociétés humaines”). Naturel est une affirmation explicative (selon la définition du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, “qui est dans, appartient à la nature; qui n’est pas le produit d’une pratique humaine”). Ces deux notions sont souvent confondues dans le débat public, mais elles sont très différentes : quelque chose peut être universel sans être naturel, et quelque chose peut être naturel sans être universel.

Depuis plusieurs décennies, des travaux majeurs ont mis en évidence que la domination masculine prend des formes diverses dans une grande variété de sociétés humaines. L’anthropologue Françoise Héritier a notamment démontré que la plupart des cultures attribuent une valeur symbolique supérieure au masculin par rapport au féminin ; un phénomène qu’elle a désigné sous le nom de « valence différentielle des sexes » (4). De son côté, Pierre Bourdieu a analysé la manière dont cette hiérarchie s’inscrit durablement dans les structures sociales et les représentations, au point de finir par paraître naturelle et évidente (5). Plus récemment, Bernard Lahire a cherché à articuler ces analyses avec les apports des sciences du vivant, en montrant que certaines contraintes biologiques propres à l’espèce humaine (notamment la longue dépendance de l’enfant vis-à-vis des adultes) ont pu constituer une matrice favorable à l’émergence de rapports de domination (6). 

Face à cette fréquence historique, que les sciences sociales documentent beaucoup, des chercheurs issus d’autres domaines scientifiques, notamment la biologie évolutive et l’éthologie, se sont également emparés de la question en cherchant à en identifier les causes profondes. Certains ont ainsi dit que la domination masculine pourrait constituer un phénomène quasi universel de l’humanité, voire une conséquence de caractéristiques biologiques liées au sexe. Le terme « quasi universel » mérite toutefois qu’on s’y arrête : s’il reconnaît la très grande fréquence du phénomène à travers les sociétés et les époques, il admet également des exceptions (des sociétés plus égalitaires, des organisations matrilinéaires, des espèces animales proches de l’humain où les femelles exercent le pouvoir). Ce « quasi » est donc au cœur du débat : il interdit de conclure à une loi naturelle, tout en rendant difficile d’écarter le phénomène comme simple construction culturelle. Car si la domination masculine était réellement une loi du vivant, elle devrait apparaître de manière systématique et uniforme dans toutes les sociétés humaines et chez les espèces animales proches de l’être humain (6).

Or, les recherches contemporaines révèlent au contraire une grande diversité de structures sociales et de rapports entre les sexes. Certaines sociétés humaines fonctionnent selon des systèmes matrilinéaires ou relativement égalitaires (1), tandis que l’étude des primates met au jour des formes d’organisation très variées, allant de la domination masculine à la domination féminine ou à des systèmes plus coopératifs (7).

La question centrale devient alors la suivante : la domination masculine peut-elle réellement être considérée comme un phénomène universel du vivant humain ?

D’abord, nous étudierons des analyses anthropologiques et sociologiques, deux disciplines qui, l’une par la comparaison entre cultures, l’autre par l’analyse des structures sociales contemporaines, permettent de saisir la récurrence de cette hiérarchie entre les sexes. Ensuite, nous examinerons les controverses scientifiques qui ont marqué l’étude des rapports de genre, notamment le débat entre Margaret Mead et Derek Freeman : Margaret Mead, anthropologue américaine, avait affirmé dans les années 1920-1930, à partir de ses travaux en Polynésie et en Nouvelle-Guinée, que les rôles de genre étaient essentiellement façonnés par la culture et non par la biologie ; Derek Freeman, anthropologue néo-zélandais, contesta vigoureusement ses conclusions à partir des années 1980, en soutenant que Mead avait sous-estimé les déterminants biologiques du comportement humain. Un détour par l’éthologie et l’étude comparative des primates permettra enfin de questionner l’idée d’une domination masculine inscrite dans la nature.

Une domination masculine largement observée dans les sociétés humaines

De nombreux travaux en anthropologie et en sociologie ont établi que la domination masculine constitue une structure récurrente dans les sociétés humaines. Cette domination ne repose pas seulement sur des différences biologiques entre hommes et femmes : différences qui existent bel et bien (dimorphisme sexuel, capacité gestationnelle exclusive aux femmes, différences de masse musculaire), mais qui ne suffisent pas à expliquer à elles seules la forme sociale que prend la domination. Elle s’appuie aussi sur des systèmes symboliques, des institutions sociales et des mécanismes de socialisation qui contribuent à la reproduire au fil des générations (5, 4).

La “valence différentielle des sexes”

L’anthropologue, ethnologue et militante féministe française Françoise Héritier a proposé une analyse majeure de la domination masculine à travers le concept de « valence différentielle des sexes » (4). Selon ses travaux, la quasi-totalité des sociétés humaines attribue une valeur symbolique supérieure au masculin par rapport au féminin. Cette hiérarchisation structure profondément l’organisation sociale et se manifeste dans des domaines aussi variés que la répartition des rôles, le pouvoir politique ou les systèmes de parenté (8).

Dans de nombreuses sociétés, les activités associées aux hommes sont davantage valorisées que celles attribuées aux femmes, ce qui signifie qu’elles sont perçues comme plus importantes, plus nobles ou plus légitimes : elles donnent accès à une reconnaissance sociale, à des ressources ou à une autorité que les activités féminines n’ouvrent pas. Les fonctions politiques, militaires ou religieuses leur sont fréquemment réservées, tandis que les femmes sont assignées à la sphère domestique et à l’éducation des enfants (9). Cette hiérarchisation se retrouve également dans les systèmes de filiation : dans de nombreuses sociétés patrilinéaires, le nom de famille et l’héritage se transmettent par la lignée masculine (10). Les conséquences en sont considérables : les femmes n’héritent pas, ou héritent dans une bien moindre mesure que leurs frères ; elles ne transmettent pas leur nom à leurs enfants ; leur appartenance à une lignée peut être effacée ou subordonnée à celle de leur mari. Cette exclusion de la transmission patrimoniale prive les femmes d’une source majeure d’autonomie économique et de reconnaissance sociale, rendant leur dépendance structurelle vis-à-vis des hommes. Les femmes quittent parfois leur famille d’origine pour rejoindre celle de leur mari, renforçant ainsi la centralité masculine dans l’organisation sociale (11). Le philosophe, sociologue et anthropologue Friedrich Engels, s’appuyant sur les travaux de l’anthropologue Lewis Henry Morgan, avait déjà souligné ce lien entre filiation patrilinéaire et domination dans son essai L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État (1884) : c’est la volonté masculine de transmettre les biens à ses fils qui aurait conduit à renforcer le contrôle sur les femmes et sur leur capacité reproductive (10). Ce tournant est particulièrement visible au néolithique, avec la sédentarisation et l’apparition de l’agriculture. Dans les sociétés nomades ou semi-nomades qui précèdent, la mobilité permanente et l’économie de subsistance fondée sur la cueillette et la chasse offraient aux femmes une contribution économique directe et visible, ainsi qu’une relative liberté de déplacement. La sédentarisation a profondément modifié cet équilibre : la propriété foncière devient un enjeu important, les stocks alimentaires doivent être protégés, et la force physique masculine est valorisée pour le travail agricole intensif et pour la défense du territoire. Dans ce nouveau contexte, la capacité reproductive des femmes est progressivement redéfinie non plus comme une puissance propre, mais comme une ressource à contrôler pour assurer la légitimité des héritiers et la transmission des biens. Les femmes se retrouvent assignées à un espace domestique de plus en plus clairement délimité, tandis que les hommes monopolisent les fonctions économiques, militaires et politiques (11). La domination masculine n’est donc pas un invariant immuable du vivant humain, mais un phénomène qui s’est historiquement renforcé à des moments précis de transformation économique et sociale.

L’analyse de Françoise Héritier met en lumière un mécanisme : face au mystère longtemps incompris de la gestation (le fait que les femmes puissent donner naissance à des enfants des deux sexes), les hommes se seraient demandés à quoi ils servaient, et auraient compensé leur « impuissance » biologique par la construction d’un récit culturel leur attribuant un rôle déterminant dans la reproduction (4, 11). La femme a ainsi été réduite à un simple « réceptacle », chargé de porter l’enfant conçu par l’homme. Le contrôle de la capacité reproductive devient alors un enjeu politique majeur, en justifiant l’appropriation du corps des femmes pour garantir la filiation et la transmission de la lignée. Ce processus participe à la construction d’un rapport de domination dans lequel les femmes sont assimilées à des « mineures », dans une relation de type parent-enfant ou aîné-cadet (12, 4).

Dans certaines cultures, cette logique d’appropriation du corps féminin s’est traduite de manière encore plus explicite : les femmes ont été considérées comme des biens échangés entre familles, leur valeur économique étant formalisée à travers des systèmes de dot ou de mariage arrangé. Cet échange est une pratique culturelle mais aussi le  prolongement direct du contrôle masculin sur la filiation et la reproduction. L’exemple de l’Inde est pour cela éclairant : la persistance de la dot, pourtant interdite depuis 1961, témoigne de la résistance profonde d’une société où ce qui se présente comme une tradition est surtout le reflet d’une marchandisation croissante, dans laquelle le corps des femmes devient lui aussi un enjeu économique (13).

Françoise Héritier soulignait le caractère profondément ancien de cette hiérarchisation, en rappelant que ce rapport inégalitaire, c’est-à-dire le fait que partout et depuis les origines connues des sociétés humaines, les femmes occupent une position de moindre autorité et de moindre reconnaissance que les hommes, “a été créé à l’aube des temps” (4). Par contre, elle insistait sur une distinction essentielle : même si ce rapport est universel (donc observable dans toutes les sociétés connues), il ne signifie pas qu’il est naturel (c’est-à-dire inscrit dans la biologie ou inévitable). Sauf que confondre les deux revient à transformer une construction historique en fatalité. C’est précisément cette confusion que dénonçait Héritier lorsqu’elle affirmait : “Ce n’est pas la nature qui a dit que les femmes sont inférieures, c’est la culture !” (4). C’est aussi pourquoi, ajoutait-elle, la lutte contre les inégalités sexuelles reste si difficile : quand une domination est intériorisée depuis des millénaires comme un ordre naturel des choses, elle est d’autant plus difficile à identifier et à remettre en cause. 

L’incorporation de la domination : l’habitus (5)

Pierre Bourdieu approfondit l’analyse de la domination masculine en montrant qu’elle ne se maintient pas uniquement par la contrainte ou la violence : elle s’inscrit aussi dans les mentalités et les comportements. Dans La Domination masculine (1998), il explique que les rapports de pouvoir entre les sexes sont intériorisés à travers le processus de socialisation : dès l’enfance, les individus apprennent à voir le monde selon des catégories considérées comme « naturelles », qui reproduisent en réalité des hiérarchies sociales.

Cette intériorisation produit ce que Bourdieu appelle un habitus, c’est-à-dire « un système subjectif, mais non individuel, de structures, de schémas de perception, de conception et d’action internalisés, communs à tous les membres d’un même groupe ou d’une même classe » (14). L’ordre social s’inscrit ainsi directement dans les corps : la manière de se tenir, de parler, de se déplacer ou d’occuper l’espace contribue à reproduire la hiérarchie entre les sexes. La domination masculine devient alors une violence symbolique (une forme de domination invisible, perçue comme légitime aussi bien par les dominants que par les dominés, précisément parce qu’elle apparaît comme naturelle et évidente).

Selon Bourdieu, les différences biologiques, celles liées aux organes sexuels ou à la force physique, ont été progressivement transformées en principes de vision du monde. Le masculin est symboliquement associé au « haut », au « public », au « sacré » ou à l’autorité, tandis que le féminin est relégué au « bas », au « domestique » ou au privé. Cette hiérarchisation symbolique légitime une répartition inégale des rôles sociaux : les garçons sont encouragés à développer des qualités liées à la compétition, à l’affirmation de soi ou à l’autorité, tandis que les filles sont davantage valorisées pour leur capacité à prendre soin des autres ou à maintenir l’harmonie sociale.

La domination masculine repose ainsi sur son invisibilité : intériorisée très tôt, elle est perçue comme anhistorique, comme si elle n’avait jamais été construite socialement. Le patriarcat apparaît alors comme un ordre « naturel », ce qui le rend particulièrement difficile à remettre en cause.

Cependant, tous les chercheurs ne s’accordent pas sur les causes ou les formes exactes de cette domination. L’anthropologue Christophe Darmangeat propose une approche plus nuancée de cette universalité. S’il reconnaît que la domination masculine apparaît dans les sociétés connues, il souligne également que son intensité varie fortement selon les contextes historiques et sociaux. Dans son article “La domination masculine, un fait social universel ?” (1), il rappelle que certaines sociétés accordaient aux femmes d’importants pouvoirs économiques ou sociaux, limitant ainsi l’autorité masculine dans certains domaines, comme chez les Iroquois. Il écrit : “Chez les Iroquois, les femmes possédaient et géraient à titre collectif maisons et récoltes, ce qui leur conférait un solide point d’appui contre l’autorité des hommes – les Iroquoises pouvaient par exemple divorcer librement, simplement en posant les affaires de leur époux à l’entrée de leur domicile.” Pour Darmangeat, la domination masculine ne saurait s’expliquer par une simple « nature masculine » : elle doit être replacée dans des mécanismes concrets. Parmi ceux-ci, il accorde une importance centrale au monopole masculin des armes létales : dans toutes les sociétés connues, les hommes contrôlent les activités liées à la chasse, à la guerre et aux armes les plus dangereuses, non pas de manière temporaire ou pratique, mais de façon permanente et justifiée par des motifs magico-religieux. Ainsi, “Chez les Selk’nam, une tribu de chasseurs-cueilleurs de la Terre de Feu, les hommes racontaient même que jadis, c’étaient les femmes qui les dominaient au travers d’une telle religion [religions dites à initiation], que les hommes avaient découvert la supercherie, assassiné toutes les femmes à l’exception des petites filles, et qu’ils avaient ensuite retourné cette arme contre elles: désormais, c’étaient eux qui, lors de certaines cérémonies, se grimaient en esprits et terrorisaient ainsi leurs épouses, quand ils n’en profitaient pas pour les frapper.” Ce monopole de la violence physique organisée constitue, selon lui, l’un des ressorts les plus solides et les plus constants de la domination masculine à travers l’histoire. Il soulève par ailleurs un constat méthodologique important : les ethnologues qui ont recueilli ces données étaient majoritairement des hommes occidentaux, ce qui a pu limiter leur accès au point de vue et aux pratiques sociales des femmes, introduisant un biais dans la documentation de la domination (1). 

Cette remarque invite à une question plus large, que la recherche féministe a commencé à explorer : quel rôle les femmes elles-mêmes jouent-elles dans la reproduction de cette domination ? Les travaux de Bourdieu sur la violence symbolique montrent que les dominé(e)s intériorisent les schèmes de la domination au point de participer à leur propre subordination : en valorisant les qualités masculines, en transmettant à leurs enfants les normes de genre, ou en exerçant un contrôle social sur les autres femmes qui s’en écarteraient.

L’exploitation sociale de certaines contraintes biologiques

Certains chercheurs ont cherché à comprendre d’où venait la domination masculine en prenant en compte certaines caractéristiques biologiques propres à l’espèce humaine, notamment celles liées à la reproduction et au développement des enfants. Le sociologue Bernard Lahire accorde à cet égard une importance particulière au concept d’altricialité secondaire, notion issue de la zoologie, et plus précisément des travaux d’Adolf Portmann, zoologiste suisse (6). Ce concept désigne le fait que l’être humain naît dans un état d’immaturité particulièrement prononcé (12, 15) : contrairement à de nombreuses autres espèces, le nouveau-né humain est incapable de survivre seul et dépend pendant de nombreuses années des adultes pour assurer sa survie, son apprentissage et sa socialisation (16).

Cette dépendance constitue un trait central de l’espèce humaine et qui a des conséquences organisationnelles profondes. Puisque l’enfant doit être protégé, nourri et éduqué pendant une longue période, les adultes qui s’en occupent ne peuvent exercer en même temps d’autres fonctions (économiques, militaires, politiques). C’est ici que le lien avec la domination masculine commence à se dessiner, en étapes qu’il importe de distinguer clairement.

Première étape : la dépendance prolongée de l’enfant vis-à-vis de l’adulte crée une asymétrie fondamentale que l’enfant intériorise très tôt comme la forme première et naturelle du rapport au pouvoir. L’autorité de l’adulte constitue la matrice à partir de laquelle l’enfant construit sa représentation du monde social. Cette expérience primordiale de la subordination se déploie ensuite dans d’autres hiérarchies sociales.

Deuxième étape : dans la plupart des sociétés humaines, et pour des raisons liées à la biologie de la reproduction (gestation, accouchement, allaitement), les femmes ont historiquement assumé la charge principale des soins aux nourrissons. Cette division des soins n’est pas en elle-même une domination, mais elle a eu des effets structurels importants : elle a limité la mobilité des femmes et leur accès à des activités exercées loin du foyer, et a créé une asymétrie durable entre celles qui s’occupent des enfants et ceux qui s’occupent du reste (17, 18, 19).

Dans l’histoire des sociétés humaines, la division sexuée des rôles reproductifs a renforcé ces asymétries. La gestation, l’accouchement et l’allaitement ont longtemps impliqué une présence plus directe des femmes auprès des enfants, ce qui a pu limiter leur mobilité ou leur accès à certaines activités économiques, politiques ou militaires. 

Dans certaines sociétés, cette contrainte biologique a été mobilisée pour justifier une répartition inégale des rôles sociaux, associant les femmes au domestique et à la dépendance, tandis que les hommes occupaient plus fréquemment des positions de pouvoir (20, 21). De plus, l’allaitement maternel, qui peut durer plusieurs années dans les sociétés préindustrielles, rendait la mère quasiment inséparable du nourrisson pendant une période prolongée, ce qui rendait difficile toute participation à des activités nécessitant déplacement ou disponibilité prolongée.

Pour Lahire, l’altricialité secondaire ne produit pas mécaniquement la domination masculine, mais elle constitue une contrainte qui pèse sur l’organisation des sociétés humaines. Toutefois, Lahire précise que ces contraintes biologiques ne sont pas invariables : l’accumulation d’artefacts culturels et techniques (du biberon à la contraception en passant par les techniques médicales modernes) a progressivement desserré le lien entre biologie et domination, rendant possible une transformation des rapports entre les sexes  (22). 

Les controverses anthropologiques : le débat Mead / Freeman

L’étude de la domination masculine a également été marquée par d’importantes controverses scientifiques, dont l’une des plus célèbres oppose les travaux de l’anthropologue Margaret Mead à ceux de Derek Freeman.

Margaret Mead et la diversité culturelle (23)

Dans son ouvrage emblématique Coming of Age in Samoa (1928), Margaret Mead a marqué l’histoire de l’anthropologie en proposant une étude révolutionnaire sur l’adolescence et les rapports sociaux. À travers son enquête de terrain menée en Polynésie, elle observe que le passage à l’âge adulte à Samoa, en Océanie, s’effectue sans les crises identitaires que l’on considérait alors comme inséparables à cette période de la vie dans les sociétés occidentales ; c’est-à-dire sans les conflits intergénérationnels, sans les angoisses liées à la sexualité, sans les troubles névrotiques que des psychanalystes comme Freud attribuaient à la nature même de l’adolescence). Pour Mead, ces phénomènes ne sont pas universels : ils sont le produit de sociétés particulières, avec leurs contraintes propres, leur répression sexuelle, leurs normes rigides.

Mead observe également, dans le cadre de ses enquêtes samoanes et de ses travaux en Nouvelle-Guinée (notamment dans Sex and Temperament in Three Primitive Societies, 1935), des rapports entre les sexes qui lui semblent beaucoup moins figés que dans les sociétés occidentales. Elle n’y voit pas de structure rigides de domination masculine : les rôles donnés aux hommes et aux femmes paraissent plus fluides, moins hiérarchisés, et les comportements qu’on associait en Occident à la “nature masculine” ou à la “nature féminine” varient considérablement d’une culture à l’autre. C’est à partir de ces observations comparatives qu’elle en arrive à sa conclusion centrale : les comportements humains que l’on croyait alors dictés par une nature biologique invariable sont en réalité largement façonnés par l’environnement culturel dans lequel les individus grandissent et se socialisent.

Les travaux de Mead ont eu un retentissement politique et social important. Effectivement, en affirmant que la domination masculine n’est pas observable de la même manière partout, elle apportait une preuve empirique importante pour les mouvements féministes de l’époque : si les rôles de genre varient selon les cultures, c’est qu’ils sont des constructions sociales, et non des fatalités biologiques. Ce que les sociétés apprennent peut être désappris ou transformé. Ce que Mead démontre, c’est que la forme que prend la hiérarchie entre les sexes n’est pas fixe ni universellement identique, ce qui suffit à invalider tout déterminisme biologique strict.

L’enjeu scientifique de Mead semble ainsi intimement lié à un enjeu éthique : pour valider son message d’émancipation, démontrer l’existence d’une culture “différente” devenait une nécessité, une façon de briser le dogme du déterminisme biologique.

La critique de Derek Freeman (24)

Plusieurs décennies après les travaux de Margaret Mead, l’anthropologue Derek Freeman a contesté ses conclusions concernant la société samoane. Dans son ouvrage Margaret Mead and Samoa (1983), Freeman affirme que Mead aurait idéalisé la société qu’elle étudiait et sous-estimé l’importance des normes sociales et du contrôle exercé sur les comportements, notamment en matière de sexualité et de relations entre les sexes.

Selon Freeman, la société samoane serait en réalité plus hiérarchisée et plus contraignante que ne le suggèrent les travaux de Mead. Il considère que certaines informatrices auraient pu donner à Mead des réponses inexactes ou exagérées, ce qui aurait contribué à présenter une vision trop harmonieuse des rapports sociaux.

Mais la critique de Freeman va plus loin qu’une simple mise en cause de la rigueur ethnographique de Mead, c’est-à-dire la science qui a pour objet la description et l’analyse des mœurs, des coutumes, des croyances et des structures sociales de différents groupes humains ou ethnies. Sa thèse sous-jacente est que si les comportements que Mead décrivait comme libres et fluides à Samoa se révèlent, à l’examen, beaucoup plus régulés et conformes à des normes hiérarchiques, c’est peut-être que la culture ne gomme pas des différences naturelles entre hommes et femmes, mais les exprime sous des formes variées. Autrement dit, là où Mead voyait la preuve que la culture façonne librement les rapports de genre, Freeman voit au contraire la confirmation que certaines régularités comportementales entre les sexes résistent aux variations culturelles et pourraient s’enraciner dans des dispositions biologiques plus profondes. Il s’appuie à cet égard sur des comparaisons avec le monde animal, et notamment les primates, pour suggérer que certains patterns de comportement masculin (compétition pour le statut, contrôle de la sexualité féminine, monopole de la violence) se retrouvent dans des espèces proches de l’être humain, ce qui plaiderait pour une base évolutive partielle.

Une controverse révélatrice

Au-delà de la question spécifique de Samoa, la controverse entre Margaret Mead et Derek Freeman met en lumière les difficultés méthodologiques auxquelles sont confrontés les anthropologues. L’enquête de terrain implique une interprétation des faits, qui peut être influencée par les hypothèses, les attentes théoriques ou encore le contexte intellectuel dans lequel travaille le chercheur. Deux chercheurs étudiant une même société peuvent ainsi parvenir à des conclusions différentes, en fonction des questions qu’ils posent et de la manière dont ils analysent les données recueillies. Ce constat dépasse le seul cas de Samoa et soulève une question épistémologique fondamentale : peut-on observer une société de manière neutre ? Tout chercheur arrive sur le terrain avec des présupposés théoriques, une position sociale et un contexte intellectuel qui orientent inévitablement son regard. Le fait que les sciences humaines aient longtemps été dominées par des chercheurs occidentaux et masculins (comme le rappelle Darmangeat à propos des ethnologues (1)) a nécessairement influencé la manière dont la domination masculine a été documentée, interprétée et parfois naturalisée. La controverse Mead/Freeman montre ainsi que la production du savoir scientifique n’est jamais séparable entièrement des rapports de pouvoir qui traversent la société du chercheur.

Ce débat montre aussi que l’étude des rapports de genre peut être traversée par des enjeux scientifiques mais aussi idéologiques ou politiques. Margaret Mead s’inscrit dans une démarche culturelle pour démontrer la variabilité des comportements humains. Derek Freeman, intervenant plusieurs décennies plus tard, adopte une approche plus critique et influencée par des perspectives biologisantes. Les travaux de Margaret Mead avaient contribué à diffuser l’idée que les rôles masculins et féminins sont en grande partie socialement construits et qu’ils peuvent donc varier selon les sociétés. Cette perspective a nourri de nombreuses réflexions féministes en suggérant que les inégalités entre les sexes ne sont pas une fatalité (25). À l’inverse, Derek Freeman a insisté sur l’existence de normes sociales plus contraignantes à Samoa que ne le laissait penser Mead.

Il n’est pas anodin d’ailleurs que cette controverse oppose une chercheuse à un chercheur : certains analystes y ont vu un affrontement indirect autour des questions de genre elles-mêmes.

Reste alors une interrogation plus large : comment interpréter la récurrence d’un phénomène social ? Le fait qu’une organisation soit fréquente, voire très largement répandue, suffit-il à la rendre naturelle ou légitime ? (1) 

La distinction est essentielle : reconnaître qu’une forme d’inégalité est historiquement répandue ne permet pas d’en déduire qu’elle découle nécessairement d’une loi naturelle. Admettre que la domination masculine constitue une constante historique, ou qu’elle s’enracine en partie dans des contraintes biologiques ou sociales, ne la justifie en rien (4). Au contraire, cette reconnaissance peut permettre de mieux comprendre les mécanismes qui produisent et reproduisent ces inégalités, afin de pouvoir les remettre en question (22, 5).

Le débat entre Mead et Freeman ne permet pas de trancher définitivement la question de l’universalité de la domination masculine. Même si l’anthropologie et la sociologie nous donnent des outils puissants pour analyser les rapports de genre, elles se heurtent aux limites inhérentes à toute observation humaine. Pour aller plus loin, certains chercheurs se tournent vers l’éthologie et l’étude des primates, espérant trouver dans le monde animal des éléments de comparaison moins exposés aux biais culturels. 

Le détour par l’éthologie : la diversité des structures sociales chez les primates

Un couple de chimpanzés, Muscat et Garbo, en « lune de miel ». A Sebitoli, en Ouganda, le 4 janvier 2020. JEAN-MICHEL KRIEF

Pour approfondir la question du caractère éventuellement universel de la domination masculine, certains chercheurs se tournent vers les primates, point de comparaison stratégique en raison de leur proximité évolutive avec Homo sapiens (6). Les humains partagent en effet plus de 95% de leur patrimoine génétique avec certaines espèces, comme les chimpanzés (26).

Ce détour par la génétique et l’éthologie animale peut sembler paradoxal après avoir insisté sur le rôle de la culture dans la construction de la domination masculine. Il mérite donc d’être justifié. L’objectif n’est pas de réduire les comportements humains à leurs bases biologiques, ni de chercher dans le monde animal une “preuve” de ce qui serait naturel ou inévitable chez l’humain. Il s’agit plutôt d’un test de cohérence : si la domination masculine était réellement inscrite dans nos gènes, c’est-à-dire si elle découlait directement de notre biologie en tant qu’espèce, on devrait la retrouver de façon constante et uniforme chez les espèces qui nous sont génétiquement les plus proches. Or, c’est précisément l’inverse que révèlent les données : la diversité des organisations sociales chez les primates contredit l’idée d’un déterminisme génétique simple.

Le mythe du “mâle alpha”

Pendant longtemps, l’image du « mâle alpha » dominant a été mobilisée pour expliquer l’organisation sociale de nombreuses espèces animales, et parfois utilisée pour naturaliser la domination masculine. Cette représentation repose pourtant en grande partie sur une simplification excessive des comportements animaux et sur la projection de schémas sociaux humains, l’anthropomorphisme, sur le monde vivant (7, 6, 8).

Les recherches récentes en éthologie et en primatologie invitent à remettre en question ce modèle. Les scientifiques ont longtemps interprété les comportements animaux à travers un prisme façonné par des sociétés historiquement marquées par le patriarcat. Or, l’étude comparative des primates révèle une grande diversité d’organisations sociales, qui ne correspondent pas toutes au modèle d’un pouvoir masculin dominant.

Une étude publiée dans la revue scientifique Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), portant sur de nombreuses espèces de primates, montre que la domination masculine stricte est loin d’être la norme. Dans environ 70 % des espèces étudiées (7), le pouvoir est soit partagé entre les sexes, soit exercé en partie par les femelles. Chez certains lémuriens ou chez les singes patas, par exemple, les femelles dirigent les déplacements du groupe, gèrent l’accès aux ressources alimentaires et jouent aussi un rôle central dans la gestion des conflits. Dans ces sociétés, les mâles peuvent conserver un rôle de protection face aux prédateurs, mais ils ne contrôlent pas l’organisation collective.

Les bonobos constituent un autre exemple souvent cité. Ils vivent dans des sociétés où les femelles dominent collectivement grâce à des alliances sociales fortes. La cohésion du groupe repose moins sur la force physique que sur la coopération et la solidarité entre femelles, ce qui montre que la hiérarchie fondée sur la violence n’est pas le seul modèle possible d’organisation sociale chez les primates. 

À l’opposé, chez les orangs-outans, les mâles exercent un contrôle très marqué sur les femelles. Cela montre à quel point les organisations sociales varient d’une espèce à l’autre, y compris au sein des grands singes. Évidemment, cette diversité interdit toute généralisation sur ce que serait un ordre « naturel » entre les sexes.

La primatologue américaine Sarah Blaffer Hrdy souligne que la domination masculine n’est pas une loi biologique universelle, mais une configuration liée à des contextes écologiques et morphologiques précis. Un dimorphisme sexuel prononcé, la vie terrestre ou la polygamie tendent à favoriser une compétition plus forte entre mâles, et donc une domination masculine plus marquée (9). À l’inverse, lorsque les différences physiques entre les sexes sont plus faibles, que les espèces vivent majoritairement dans les arbres ou que les relations sont plus monogames, le pouvoir peut être davantage partagé, voire orienté en faveur des femelles. Hrdy en tire une conclusion : les mâles ont souvent tendance à vouloir dominer, mais cette domination n’est pas naturelle ou automatique ; elle dépend des conditions écologiques, sociales et morphologiques dans lesquelles vivent les primates. 

Et ce constat ne se limite bien sûr pas aux primates. Élargi à l’ensemble du règne animal, il se confirme souvent et s’amplifie. Chez les hyènes tachetées, ce sont les femelles qui dominent les mâles, y compris physiquement, grâce à des niveaux d’androgènes (des hormones sexuelles dites “masculines”, la plus connue étant la testostérone) plus élevés et à des structures sociales matriarcales très stables. Chez les éléphants, les groupes familiaux sont dirigés par des matriarches âgées dont l’expérience et la mémoire collective jouent un rôle décisif dans la survie du groupe. Les mâles vivent en marge, de façon solitaire ou en petits groupes. Chez de nombreuses espèces d’oiseaux, comme les jacanas ou les phalaropes, ce sont les femelles qui se disputent les territoires et les mâles, tandis que ces derniers couvent les œufs et élèvent les jeunes. Dans le monde des insectes sociaux (abeilles, fourmis, termites), les femelles assurent l’essentiel des fonctions vitales du groupe, tandis que les mâles ont une existence éphémère limitée à la reproduction. 

Cette diversité extraordinaire des modalités de domination, de coopération et de reproduction à travers le règne animal montre qu’il n’existe pas de “solution évolutive unique” aux rapports entre les sexes car les formes d’organisation sociale sont des réponses d’adaptation à des contraintes environnementales, démographiques et écologiques spécifiques.

Conclusion

Au terme de cette analyse, on comprend que la domination masculine constitue bien un fait remarquablement répandu à travers l’histoire et les cultures humaines. Les travaux de Françoise Héritier sur la valence différentielle des sexes, l’analyse de Pierre Bourdieu sur la violence symbolique et l’habitus, les recherches de Christophe Darmangeat sur le monopole masculin des armes létales : tous convergent vers un même constat : dans la quasi-totalité des sociétés connues, les hommes ont occupé les positions de pouvoir politique, militaire et symbolique. Bernard Lahire y ajoute une dimension supplémentaire en montrant que certaines contraintes biologiques propres à l’espèce humaine, notamment l’altricialité secondaire, ont pu constituer une matrice favorable à l’émergence de ces rapports de domination.

Mais fréquence n’est pas universalité, et universalité n’est pas naturalité. Le débat entre Margaret Mead et Derek Freeman a mis en lumière une limite fondamentale des sciences humaines : toute observation est orientée par le regard du chercheur, ses présupposés théoriques et le contexte idéologique dans lequel il travaille. Ce que l’on a longtemps présenté comme un ordre naturel entre les sexes est en réalité le produit d’une longue construction historique, renforcée à des moments précis (notamment au néolithique, avec la sédentarisation, l’apparition de la propriété privée et le contrôle croissant du corps des femmes). Le détour par l’éthologie confirme cette lecture : chez environ 70 % des espèces de primates étudiées, le pouvoir est partagé ou exercé par les femelles.

La domination masculine peut donc être considérée comme un invariant historique de l’espèce humaine, mais non comme une loi biologique du vivant. Christophe Darmangeat l’illustre à travers sa métaphore de l’œuf dur (28) : les causes qui ont produit une situation ne sont pas forcément celles qui permettront de la transformer : un œuf devient dur lorsqu’on le chauffe, mais il ne redevient pas cru lorsqu’on le refroidit. Ainsi, les mécanismes historiques qui ont favorisé la domination masculine ne déterminent pas nécessairement les moyens de la faire disparaître aujourd’hui. Le fait qu’un phénomène social soit ancien ne signifie donc ni qu’il est légitime, ni qu’il est impossible à changer. 

Les évolutions contemporaines témoignent précisément de cette possibilité de transformation. L’accumulation d’artefacts culturels et techniques a progressivement permis de séparer la biologie et la domination, comme le souligne Lahire. La politologue Réjane Sénac (29) rappelle quant à elle que les inégalités entre les sexes varient selon les sociétés, les périodes et les contextes, ce qui suffit à montrer que la domination masculine n’a rien d’automatique ni d’inévitable. Les mutations récentes des modèles masculins en témoignent (30) : l’émergence de nouveaux pères investis dans le soin, les transformations juridiques autour de l’autorité parentale partagée, les mobilisations féministes contemporaines comme le mouvement #MeToo ; autant de signes que les comportements humains peuvent sortir du schéma de domination, non pas en effaçant les contraintes biologiques, mais en les contournant par des moyens culturels, politiques et techniques.

Ainsi, on peut dire que la domination masculine n’est pas une fatalité inscrite dans le vivant humain. Elle est le résultat d’une longue sédimentation historique, culturelle et symbolique, que les sociétés ont le pouvoir,  et peut-être la responsabilité, de continuer à transformer.

Sources

  1. Darmangeat Christophe, La domination masculine, un fait social universel, Droits & Libertés (D&L), janvier 2023, n°200, p.36

https://www.ldh-france.org/wp-content/uploads/2023/05/DL200-Dossier-1.-La-domination-masculine-un-fait-social-universel.pdf

  1. Définition de “domination”, CNRTL

https://www.cnrtl.fr/definition/domination

  1. Quilliou-Rioual Mikaël, Les dominations masculines, Identité de genre et intervention sociale, Dunod, 2014, p.127 à 138

https://shs.cairn.info/identites-de-genre-et-intervention-sociale–9782100702428-page-127?lang=fr

  1. Le Monde, Françoise Héritier : « Ce rapport entre les sexes est le problème politique majeur », YouTube, 16 nov. 2017
  1. Cyril Chevrot, « La domination masculine » de Pierre Bourdieu #booktube #féminisme #domination #Bourdieu, YouTube, 12 juin 2017
  1. Nicolas Weill, Bernard Lahire, sociologue : « Les structures des sociétés humaines n’apparaissent que lorsqu’on les compare aux sociétés animales », Le Monde [en ligne], Publié le 29 août 2023 à 19h29, modifié le 04 septembre 2023 à 13h21

https://www.lemonde.fr/livres/article/2023/08/29/bernard-lahire-sociologue-les-structures-des-societes-humaines-n-apparaissent-que-lorsqu-on-les-compare-aux-societes-animales_6186988_3260.html

  1. Nathaniel Herzberg, La fin du mythe du mâle alpha chez les primates, Le Monde [en ligne], Publié le 01 décembre 2025 à 18h00, modifié le 02 décembre 2025 à 12h29

https://www.lemonde.fr/sciences/article/2025/12/01/chez-les-primates-le-mythe-du-male-alpha-eparpille-facon-puzzle_6655597_1650684.html

  1. Est-il vrai que femmes et hommes n’ont jamais été égaux ?, Arte, 2025, 25min

https://www.arte.tv/fr/videos/123428-008-A/est-il-vrai-que-femmes-et-hommes-n-ont-jamais-ete-egaux/

  1. Camille Juza, Matthias Vaysse, Viril, La masculinité mise à mâle, Arte, 2025, 20min

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https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/etre-et-savoir/bernard-lahire-l-une-des-grandes-specificites-de-l-etre-humain-c-est-sans-doute-le-fait-d-enseigner-2289222

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  1. Nicolas Weill, « Vers une science sociale du vivant », de Bernard Lahire : comment sortir les sciences sociales du marasme, Le Monde [en ligne], Publié le 08 janvier 2025 à 22h00, modifié le 09 janvier 2025 à 08h04

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https://doi.org/10.1073/pnas.2500405122

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